LES MULQUINIERS

                                

Un  Mulquiniers a l'ouvrage dans la cave devant sa "Verrère".

Un extrait de la Charte du corps des mulquiniers en 1478 à Valenciennes

La corporation des Mulquiniers l' un des quatre métiers de la ville de Cambrai n'apparait dans les ordonnances que vers 1407, bien qu'il en soit fait mention en 1275.La corporation ancienne était sujette à une tutelle stricte de l' autorité supérieur exercé par ses Mayeurs qui déléguaient leur charges à la police du métier. Quand aux autorités qui exerçaient cette Tutelle les magistrats ont été les premiers à la  gérer. Hiérarchisée comme toute corporation de Métier la mulquinerie comprenait apprentis, compagnons, (ou idem valet de mulquinier) maitres et étaient gouvernée par des Maïeurs. Le Maïeur était le maître qui nommé par le magistrat, était chargé de la police et e l' administration du corps de métier. Pendant les périodes trouble  et d' alternatives possessions de Cambrai la tutelle était généralement exercée par les Rois d' Espagne ou de France. Après le traité de Nimègue le roi de France  Louis XIV use de son droit de Tutelle sans grand égard pour la coutume locale ce qui provoquât de vive contestations. Ces bouleversements et l' arrêt du Roi  du 24 Juillet 1731  provoquèrent sans aucun doute le début du transport  des métiers de Cambray vers les campagnes. Il ne faudrait pas omettre le fait que Cambray était sur la grande route qui relie les Pays Bas à la France et nos ancêtres s 'acheminait le  long de  l' Escaut ou le Lin qui y poussait,  considéré comme le plus beau était convoité par nos mulquiniers. Les protestants qui allait contracter mariage au Pays Bas en violant l' interdiction, dirait "le chemin de Tournay", mais bien auparavant nous retrouvons sur cette route de de nombreuses similitude avec les patronymes qui ont peuplé le Cambrésis preuve de la liberté commerciale ou  individuelle dont jouissait Cambray sous Charles Quint .

Pendant plusieurs siècles le tissage a été l'activité principale du village de Quiévy . Ces artisans ruraux  passait entre 10 a 14 heures par jour a pousser la navette de leur outil de travail. Les petites pièces mouchoirs, torchons étaient souvent le travail des enfants et des femmes, la fabrication des draps ,linons, baptiste , plus pénible étaient  réservé aux hommes. Dans les Flandres ou le nord de la  France ces artisans se sont appelé successivement aux cours des siècles "Parmentiers, Mesquiniers, Mulquiniers,Tisseurs ".

C'est  dans le tissage que les habitants de Quiévy, comme ceux en général des autres villages environnants, ont trouvé non seulement une occupation secondaire, lorsque les travaux des champs ne les retenaient pas, mais aussi et surtout une profession lucrative, plus rémunératrice certes et moins dure que la culture des champs, lorsque, par suite des circonstances de famille ou de situation, ils devaient y consacrer tout leur temps et toute leur intelligente activité. Même à notre époque de machinisme, on peut imaginer et réaliser toutes les professions qui devaient venir en aide au tisseur pour qu'il put de son métier, de son « étile », dans la cave obscure et humide où il lançait la navette, faire sortir après de longs jours de travail assidu et pénible, la fine toile de batiste ou de linon destinée à l'exportation, ou la grossière étoffe de chanvre qui servirait aux usages journaliers du ménage, ou les draps de laine destinés à faire les « paletots » et les « brayes ». La matière première était trouvée. dans le pays, soit par la toison des « bestes blanches », soit par les récoltes des champs. Livrée au rouisseur, puis au teillieur, si c'était du lin ou du chanvre, les fils en étaient rachetés par le filaqué », « marchand de filets », qui les livrait aux fileuses. Celles çi, par leurs doigts agiles et leurs rouets actifs, les cariots , transformaient cette matière en fils souples, fins ou gros, qui devaient constituer la trame et la chaîne formée par l'ourdisseur qui serviraient au tisseur à faire son étoffe.

La toile serait portée au maître mulquinier qui la vérifierait, l'estampillerait de sa marque et la livrerait aux négociants de Cambrai ou de Valenciennes, parmi lesquels il comptait des amis.

Les mulquiniers de Quiévy, s'ils ne constituaient pas à eux seuls une corporation,(aux abords de la Révolution, on cite un « valet de mulquinier dans un procès du XVIIe siècle), étaient cependant organisés en confrérie, et avaient pour patronne Sainte Véronique, « Sainte Vérone », comme disent encore les tisseurs actuels.

Le mot mulquinier n'apparaît guère dans les textes qu'à la fin du XVIe siècle , un peu plus tôt sont dits « parmentiers » la « parmeriterie » ou passementerie fabrique un tissu fait de crins et de chanvre, ou de lin. Il est à remarquer que dans ce pays picard le mot mulquinier n'est plus compris ; un érudit a même traduit ce mot, il y a quelques années, par, « conducteur de mules ». Il sembla que la plus belle période de prospérité des mulquiniers fut la seconde moitié du XVIIIe siècle. Avant la réunion du Cambrésis à la France, la mulquinérie du Cambrésis envoyait ses produits bien loin, presque partout en Europe, mais, par sa position même de neutralité, rencontrait des entraves, quand les frontières de France se fermaient, ou quand les Hollandais, jaloux de protéger leur industrie, empêchaient le commerce des toilettes avec leur pays. On appelait ce négoce commerce de toilettes, et couramment entre eux, les tisseurs actuellement encore parlent de leur « commerce », et non de leur industrie.

Une fileuse sur son ouvrage

Après la Révolution, si le commerce connut certaines éclipses, dont pâtissaient surtout les ouvriers, ceux qui ne faisaient que travailler sur leur métier, pour le compte des contremaîtres, qui étaient les facteurs de négociants de Cambrai ou de Valenciennes, ou pour les patrons du village, les fabricants, comme l'on disait, qui se chargeaient eux-mêmes du négoce, à la fois de l'achat des matières premières et de la vente du tissu, la mulquinerie apporta a ceux qui la professaient une aisance bien plus appréciable que la culture seule, aurait pu leur donner Un vieux cultivateur qui exploitait une ferme déjà importante en faisait la remarque, en parlant d'un proche parent qui était à la fois fabricant et cultivateur ; il disait en faisant un jeu de mots que le patois dé Quiévy peut permettre : « mon beau-frère a deux « cariots », mais celui de Mulquinier lui rapporte plus que celui de censier ».

Dans la première moitié du siècle dernier, on voit apparaître dans les actes, timidement, quelques noms de tisseur en coton  mais la mulquinerie de Quiévy resta essentiellement le travail du lin. L'on sait que les Mulquiniers, avait le privilège, avant la guerre de 1914, de fournir de baptiste la cour impériale de Russie.

La désaffection des ouvriers tisseurs pour un labeur qui leur semblait peu rémunérateur pour eux-mêmes, les poussa à donner leurs bras pour un travail plus lucratif dans les usines voisines, alors qu'un tissage mécanique leur offrait sur place une occupation continue. Mais, après la guerre de 1940, des métiers mécaniques ont été acquis par certains qui .préféraient avec raison le travail à domicile rendu plus facile par la machine. Ils sont ainsi venus rejoindre, dans la confrérie de Sainte Vérone, les derniers ouvriers fidèles à « l'étile », mais qui ont cependant abandonné le tissage du  fil de main  trop absorbant et trop pénible. Néanmoins début 1900 apparaît le terme de tulliste qui va remplacer l' activité principale des mulquiniers dans la région de Quiévy.  A suivre.... sur le site de Jacques Bougenière .(nos liens.)

              

Une Fabrique début 20 eme siecle.

 

 

 

                  

Les ouvriers d'une usine de tissage  dont certain sont né à Quiévy.

(don de Simone et Jean Soeur)